Autant de financement à trouver dans les ressorts de l’épargne (par opposition à la consommation et à l’endettement), donc de la croissance « vraie ». Maintenir « artificiellement » la croissance par un endettement massif (crédit immobilier ou à la consommation) ne résout pas le problème.
Pour épargner il faudra tabler sur une progression substantielle et réelle du pouvoir d’achat, pouvoir d’achat résultant d’un travail, d’un investissement, de gains de productivité, … .
Là aussi le modèle économique est fondamental, la spécialisation productive (nouvelles technologies de l’information d’un côté, quelquefois baptisées « nouvelle société de la connaissance », services domestiques de l’autre ou « services à la personne ») est illusoire. Les technologies de l’information ne représentent qu’un marché trop petit pour soutenir la croissance d’un pays (5% du PIB mondial), les services domestiques1 se caractérisant dans leur ensemble par des bas salaires, corollaires de basses qualifications, et de gains de productivité faibles.
Si de plus cette spécialisation productive s’accompagne d’une désindustrialisation (industrie manufacturière, et investissements industriels), tous les ingrédients sont réunis pour voir un lent décalage de la production (et donc du pouvoir d’achat et donc de l’épargne) vers les pays émergents – notamment les BRIC -.
Cette spécialisation productive s’accompagne généralement d’une recherche des segments d’activité non délocalisables (d’où l’engouement pour les services et les productions « haut de gamme » qui « étaient » réputés non délocalisables).
Or cette approche a depuis été considérée comme erronée2, avec la révolution des technologies de l’information, pratiquement tous les types d’emplois peuvent être délocalisés, y compris dans le manufacturier haut de gamme et le tertiaire. D’ici une à deux décennies, plusieurs dizaines de millions d’emplois (en Europe) seront potentiellement délocalisables :
- Les TIC modifient en profondeur la notion de biens échangeables et la répartition (division en étapes « assemblables ») du travail ;
- Arrivée dans l’économie mondiale d’un milliard et demi de travailleurs supplémentaires de mieux en mieux formés ;
- Stagnation des économies développées en termes d’emplois (déclin démographique difficilement compensé par une immigration mal contenue et mal gérée) et de formation (lente régression du nombre d’étudiants et surtout d’étudiants diplômés) et surtout de reconversion.
Plus encore, la croissance des inégalités, y compris dans les pays les plus avancés (U.S.A notamment) conduit à employer des populations de travailleurs immigrés sous qualifiés et a pour conséquences une déstructuration des qualifications et donc des procédés. Cette même déstructuration entraîne à son tour une possibilité de délocalisation, puisque s’il est possible de produire dans un pays avec des emplois sous qualifiés, il est tout aussi possible de produire dans un autre pays (où les coûts de production sont plus bas). Autrement dit l’industrialisation des procédés (y compris tertiaires) dans les pays les plus avancés, facilite la délocalisation vers les pays émergeants.
La ré-industrialisation est alors l’une des composantes essentielles du retour à la croissance.
Les conditions de la ré-industrialisation sont les suivantes :
- Capacités d’investissement (et donc d’épargne) exercée dans le pays, à défaut en Europe (et non pas comme actuellement investissements exercée dans les pays émergeants) ;
- Infrastructures, notamment dans les transports et les télécommunications ;
- Vivier de PME pour la sous-traitance (attention ceci étant considéré parfois comme une variable d’ajustement la trop grande dépendance d’une PME vis-à-vis de sa clientèle – parfois réduite à un seul donneur d’ordre -, voire même à un seul secteur d’activité peut être fatale) ;
- Education, formation et système de reconversion ;
- Structure de coût compétitive.
Si une grande partie de ces conditions ne sont pas remplies aux U.S.A. (notamment infrastructures, structure de coût, …), ces conditions peuvent être remplies sur le continent européen (cependant avec de grande inégalités entre les différents membres de l’UE, mais globalement de manière satisfaisante). Encore faudrait-il considérer réellement l’espace européen comme « homogène » pour que toutes les conditions nécessaires à la ré-industrialisation sont satisfaites à l’échelon de cet espace. Investir en Roumanie alors que les infrastructures sont en Allemagne ne sert pas le dessein de la ré-industrialisation. Par contre que les investissements en infrastructure soient faits en Roumanie et pour cela faire en sorte que les investissements soient réalisés au profit d’entreprises en Allemagne est une bonne pratique, puisqu’elle concoure à la croissance allemande puis à la croissance en Roumanie.
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1 Services domestiques : services à la personne, loisirs, distribution, BTP, transports
2 Alan Blinder cité dans l’ouvrage de Patrick Artus/Marie-Paule Virard















