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vendredi 22 mai 2009

TUI


Dans le numéro de mai 2009 Enjeux – Les Echos titre « Pourquoi le tactile s’imposera » sans point d’interrogation ce qui en dit long sur la certitude avec laquelle ce nouveau type d’interaction va s’imposer.
Les TUI (Touch User Interface) font l’objet de bon nombre de recherches (Microsoft avec surface, Windows 7 et Silverlight, Apple, Facebook, …). Enjeux-Les Echos cite la « bande passante interactionnelle exceptionnelle de la main » qui avec 5 doigts donne 21 degrés de liberté. Faire le point sur les TUI devient nécessaire.

Both DisplaySearch(1) and iSuppli(2) report that the touchscreen market is forecasted for double-digit growth over the next three years. DisplaySearch's May 2008 report forecasts gro with between 2008 and 2015 at 12 percent increase in unit sales and a 20 percent increase in revenue. iSuppli's May 2008 report forecasts growth between 2008 and 2012 at 25 percent increase in units and 17 percent when it comes to revenue. Primary market drivers accelerating this growth include reduction of labor costs through customer self-service and the availability of new user interfaces that utilize touch technology.

Touch Screen Market to Reach $3.3 Billion by 2015

A new report from DisplaySearch says that the touch panel market is on track to grow to $3.3 million and 660 million units by 2015.
The iPhone demonstrated how multi-touch technology is enabling a new generation of user interfaces," explains Chris Crotty, Direc
tor of Small and Medium Displays Research at DisplaySearch. Crotty adds, "High volume mobile phone shipments will drive down the cost of touch technology and thereby enable it to spread more rapidly into other devices such as portable media players, digital cameras and others." In a market historically dominated by so-called resistive touch technology, AppleÃ's iPhone uses a different technology called projected capacitance that enabled the multi-touch functionality that had been lacking in resistive-based touch panels. Projected capacitance is one of about a dozen technologies vying for market






dominance.
Each technology has advantages and drawbacks. Some, like resistive touch technology, have been available for many years while others, like digital waveguide, are relative newcomers improving on previous generations. Key display suppliers, like Sharp and TMDisplay, are scrambling to develop so-called in-cell optical touch technology that embeds photo sensors directly into LCDs. By integrating the touch function directly into an LCD, display suppliers hope to capture a larger share of available revenue. Currently, touch panels feature separate panels or sensors placed on top of or around the actual display.

Other key findings from the report include
  • Mobile phones will account for 34% and 21% of all touch panel shipments and revenues, respectively, during the forecast period. Shipments of touch enabled mobile phones will reach 223 million units by 2015.
  • Despite the emergence of competing technologies, resistive touch solutions will retain 86% share of shipments during the forecast period. However, resistive revenue share will drop from 78% in 2007 to 64% in 2015.
  • The overall average selling price of touch panels will actually increase nearly 8% between 2007 and 2015. In many applications, increases in panel sizes and functionality mix will offset price declines for older panels.


Touchscreen expected to be adopted by 20% of handsets in 2009

The touchscreen market has a huge potintial for growth, spurring a flood of competition, technologies and OEM interest, concluded the report "Touch Screens:
The Right Touch for High Growth" by Jennifer Colegrove, iSuppli Corp. senior analyst for emerging displays.
The report predicted global shipment revenue for the leading touchscreen technologies will rise to Rs.17,370.49 crore ($4.4 billion) by 2012, up from Rs.9,474.81 crore ($2.4 billion) in 2006 (see Figure).





"Catalyzed by Apple Inc.’s iPhone, sales of touchscreens using projected-capacitive technology are growing dramatically," said Colegrove. "Projected-capacitive touchscreen technology is more durable and has better transmittance than the more commonly used resistive technology. More touchscreen manufacturers are developing and commercialising this type of screen. Furthermore, the average pricing gap between the capacitive and resistive display types is dwindling, making the technology more attractive."




Touch-Screen Shipments Expected to Reach 833 Million by 2013

Spurred by the popularity of Apple's iPhone and its elegant user interface, global shipments of touch-screen display modules are expected to more than double from 2008 to 2012, according to iSuppli.
The worldwide market for touch-screen modules will amount to 341 million units and $3.4 billion in value in 2008. iSuppli forecasts that the market will grow to 833 million units by 2013, expanding at Compound Annual Growth Rate (CAGR) of 19.5 percent from 2008, according to iSuppliÃ's new forecast issued this week. Global touch-screen module revenue is forecast to grow to $6.4 billion by 2013, rising at a CAGR of 13.7 percent from 2008.

jeudi 21 mai 2009

LA RECHERCHE : L’INCOMPREHENSION

La recherche en France qu’elle soit fondamentale ou appliquée, qu’elle soit publique ou privée (financée par les entreprises), est un monde étrange où les modes habituels de raisonnement et de compréhension ne semblent pas les bons. Pour y voir « un peu » plus clair, il est nécessaire de reprendre les quelques constats à notre disposition :



NUL NE PEUT GARANTIR LES RESULTATS D’UN PROGRAMME DE RECHERCHE, NI QUE SES RESULTATS SERONT EXPLOITABLES :




Lorsqu’un programme de recherche est lancé, sur une thématique donnée, que les moyens nécessaires sont mis en œuvre, aucun résultat ne peut être « garanti », ni dans quel délai. Si ce programme de recherche est lancé en « concurrence » avec des programmes similaires, la confrontation des idées, l’échange et la coopération entre les laboratoires, les colloques, les publications vont contribuer au plus à le crédibiliser. L’exécution de ce programme sera alors essentielle mais là encore les aléas sont nombreux. Quant aux résultats eux-mêmes, seront-ils exploitables ? Quand ? Par qui ?

Même si les cycles de développement raccourcissent, ils restent malgré tout longs (> 10-15 ans) (1) et cette durée ne permet pas d’anticiper beaucoup les succès futurs.




PARMI LES BONNES CONDITIONS D’EXECUTION, ON PEUT RETENIR LA
« PROGRAMMATION », C'EST-A-DIRE LA MISE EN PERSPECTIVE D’UN PROGRAMME DE RECHERCHE AVEC LES PROGRAMMES SIMILAIRES (NATIONAUX OU INTERNATIONAUX) OU AVEC DES PROGRAMMES CONNEXES.



Cette programmation (2) permet aussi de fixer les objectifs (les points de passage), d’estimer les moyens nécessaires, de piloter (et donc de répartir) les efforts. La contrepartie de cette programmation est l’évaluation, notamment pour juger de l’opportunité du programme et de la nécessité de le faire évoluer.




SEULE L’IMPORTANCE DES MOYENS MIS EN ŒUVRE PERMET D’AUGMENTER LA PROBABILITE DE REUSSITE, TOUT COMME LA DUREE DES PROGRAMMES, LE NOMBRE D’EQUIPES DE RECHERCHE, LA QUALITE DES BASES DE DEPART ET POUR FINIR LE BON MOMENT.




Augmenter la probabilité n’est pas acquérir la certitude. Si la nécessité d’investir est une certitude, il n’est pas suffisant d’investir pour réussir.




EN TERMES D’EFFORT DE RECHERCHE LA FRANCE SE PLACE EN 5 IEME POSITION MONDIALE, AINSI QU’EN TEMOIGNE LES CHIFFRES SUIVANTS :









Ces chiffres recouvrent une position de la France au dessus de la moyenne de l’Union européenne (UE 25) avec 2,12% du PIB (respectivement 1,77% du PIB pour l’UE25), même si elle loin derrière la Suède (3,8% du PIB) ou de la Finlande (3,48% du PIB). La Chine voit par ailleurs la croissance la plus importante dans ce domaine avec 16 à 22% de croissance annuelle entre 2001 et 2005.



CET EFFORT N’EST PAS PERÇU SELON LES DIFFERENTS « INDICES » OU «CLASSEMENTS » EN VIGUEUR SUR LE PLAN INTERNATIONAL.



Les différents indices ou classements disponibles sont les suivants :



  • IDI (ICT Development Index) de l’UIT3 ;

  • classement IMD (Lausanne) (4) ;

  • Global Competitiveness Index (WEF – World Economic Forum);

  • ARWU de l’Université de Shanghai;

  • WKCI (World Knowledge Competitiveness Index) de l’Université de Cardiff;

  • OST (les indicateurs des Sciences & Technologies) ;

  • MIM (Master in Management) par le FT (Financial Times).


Il existe en effet un décalage important entre la position de la France en termes d’effort de recherche et son rang dans les différents classements publiés. Ces décalages sont (presque) tous convergents, pour constater ce décalage et même pour établir une hiérarchie (presque) homogène.

Il est évident de constater que ces classements dépendent des critères appliqués et notamment du champ de comparaison. Ainsi les classements obtenus en se basant sur les publications et leur impact, ou sur le dépôt de brevet font tous apparaître ce déficit, différent d’un domaine scientifique ou technologique à l’autre mais persistant. D’autres classements plus complexes visant à établir des indices « composites » destinés à illustrer la compétitivité, la propension à utiliser les nouvelles technologies, … vont également dans le même sens.




L’EFFORT DE RECHERCHE COMPARE A SES RESULTATS EN TERMES DE PUBLICATIONS OU EN TERMES DE BREVET FAIT NON SEULEMENT APPARAITRE UNE DISSYMETRIE MAIS FAIT DE PLUS APPARAITRE UNE LENTE DEGRADATION DANS LE TEMPS




Ainsi la France représente 17,6% de l’effort de recherche de l’UE27 alors qu’elle ne représente que 13,1% des publications et 14,7% des brevets.

A titre de comparaison l’Allemagne qui elle représente 27,2% de l’effort de recherche, dépose 41,5% des brevets et le Royaume Uni qui représente 15,2% de l’effort de R&D produit 18,3% des publications.

Toujours en comparaison avec l’UE27, la France représente 11,8% des inscriptions dans l’enseignement supérieur (en retrait de 7% sur la période 2000-2005), 9,6% de diplômes de doctorat (en régression de 24% sur la période 2000-2005). Dans le même tem

ps le France représente 15,6% des chercheurs (ETP) en progression de 2% sur la même période.

Sur la période 2001-2006 les publications scientifique ont décru de 11% et les dépôts de brevet de 10%.

Ainsi lorsque les moyens augmentent, les résultats régressent.

(Source : OST)




Certains font remarquer que le dépôt de brevets n’est pas un indicateur pertinent de l’innovation, puisqu’il y a loin du dépôt à son utilisation par l’industrie.



On peut cependant y voir un indicateur de la capacité (potentielle) d’innovation, de spécialisation, aussi bien dans les produits que dans les procédés (que l’on reconnaît à l’Allemagne et que malheureusement on ne reconnait à la France).

L’insuffisance de financement de la recherche par les entreprises, souvent invoquée (et qui a justifié la réforme du CIR – Crédit Impôt Recherche), est probablement à retenir, mais elle est loin de tout expliquer, comme le montre le graphique suivant où le « taux » de chercheurs pour 1000 emplois des branches marchandes peut expliquer la très bonne position de la Suède et de la Finlande, mais n’explique pas la position de la France devant l’Allemagne et le Royaume Uni, alors qu’en termes de publications scientifiques ou de dépôt de brevets, elle se situe derrière ces deux pays.




Le classement ARWU de l’Université de Shanghai met également en évidence cette caractéristique du dispositif français de recherche et d’innovation.

Le classement 2008 fait apparaître la France au 7 ième rang mondial (elle perd une place par rapport à 2007). 4 ième en Europe avec 23 établissements classés dans les 500 premiers, elle est maintenant devancée par le Royaume Uni, l’Allemagne et la Suède. Par ailleurs le nouveau classement thématique établi fait apparaître une très grande diversité avec dans les 100 premiers établissements pour chaque domaine, 1 dans celui des sciences de la vie et agronomiques (11 Royaume Uni, 6 en Allemagne, 4 en Suisse, 3 en Belgique, …), 5 dans celui des sciences naturelles et mathématiques, 1 en médecine et pharmacie, aucun en sciences sociales et 2 en Informatique et sciences de l’Ingénieur.

Encore un classement qui n’est pas pertinent ? Cassons le thermomètre, la fièvre va tomber ! Deux explications (en dehors de l’inadéquation du classement) ont été avancées : (i) le drainage des meilleurs étudiants vers les classes préparatoires prive les universités des meilleurs éléments, (ii) la vocation pédagogique n’est pas (ou peu) prise en compte.



LES CLASSEMENTS SIMILAIRES OBTENUS POUR LES ECOLES DE MANAGEMENT NE FONT PAS APPARAIT RE CETTE DISSYMETRIE, NI CETTE LENTE DEGRADATION. IL EST VRAI QUE LES CRITERES SONT DIFFERENTS ET NE PRENNENT PAS EN COMPTE LES PUBLICATI ONS ET LEUR IMPACT NI LES BREVETS, REJOIGNANT EN CELA LE CLASSEMENT DE L’ECOLE DES MINES DE PARIS QUI PREND EN COMPTE D’AUTRES CRITERES DE PERFORMANCE (5).



Des classements similaires établis pour les Écoles de Management ne font pas apparaître ce décalage, la France étant plutôt bien classée. Or les Écoles e Management ont aussi un recrutement très sélectif (similaire à celui des Grandes Écoles). La dissymétrie a donc probablement une autre origine.

Le classement MIM établi par le Financial Times place effectivement 6 écoles de commerce françaises parmi les 10 premières.






DES LORS QUE L’ON S’INTERESSE NON PLUS A LA QUALITE DE LA RECHERCHE OU DE L’ENSEIGNEMENT, MAIS A LA COMPETITIVITE, LA POSITION DE LA FRANCE PLONGE DANS LES CLASSEMENTS. LA PLACE DE NOTRE PAYS EST AUX ENVIRONS DE LA
20 IEME POSITION MONDIALE.




Rejoignant en cela d’autres critères retenus pour les politiques régionales de l’innovation, la compétitivité « locale » dépend fortement de la capacité d’absorption, de diffusion et d’appropriation des innovations. S’ajoutent alors aux caractéristiques intrinsèques des dispositifs de recherche et d’innovation les caractéristiques socioculturelles des pays. L’indicateur composite qui en résulte (mêlant les indicateurs de l’innovation et les indicateurs sociaux et économiques) reflète alors la compétitivité d’un pays.









La France figure ne figure qu'en 23 ième position de ce classement (ITU(3) pour les TIC) ce qui peut suggérer deux hypothèses :



  • Un retard plus important dans le domaine des TIC que dans les autres domaines sur le plan scientifique et technologique,

  • Une série de facteurs défavorables liés au développement et à l’usage des TIC dans notre pays (à l’image du taux de pénétration des mobiles – 85% - alors que la moyenne européenne est supérieure à 100%).


Ainsi notre pays cumulerait alors deux facteurs "régressifs": une moins bonne « productivité » de dispositif national de R&D et une moins bonne capacité d’absorption et d’appropriation des innovations (notamment dans le domaine des TIC).










UN NOUVEAU « BAROMETRE » DES CAPACITES D’INNOVATION DES PAYS A ETE PROPOSE DANS LE COURANT DE L’ANNEE 2008 AFIN DE RENDRE COMPTE DES COMPARAISONS FAITES ENTRE LES DIFFERENTS PAYS EN MATIERE DE CAPACITES D’INNOVATION ET EN MATIERE DE RAPIDITE DE DIFFUSION DES INNOVATIONS.







(Source : INTEL)




Dans cette carte l’indice 0 est retenu pour la plus foncée des couleurs grises, les pays les plus « décélérés » étant représentés avec les plus claires des couleurs grises, les pays les plus « accélérés » étant représentés avec les plus rouges des couleurs.

Ce planisphère suggère à l’évidence que le deuxième facteur (capacité d’innovation) joue un rôle important.




Le classement de l’IMD (Lausanne) situe notre pays en 25 ième position de son indice (World Competitiveness Index).

Autre classement, celui de l’Université de Cardiff qui établi la première région de France (Ile de France) en 29 ième position dans son classement WCKI (World Competitiveness & Knowledge Index).

Le World Economic Forum, via son indicateur GCI (Global Competitiveness Index) situe la France en 16 ième position (6).




LA FRANCE SOUFFRE DONC DE 3 MAUX : (I) UN INVESTISSEMENT TRES INSUFFISANT EN R&D, NOTAMMENT POUR CE QUI CONCERNE L’INVESTISSEMENT DES ENTREPRISES – LE PLEIN EFFET DU CIR DEVRAIT POUVOIR INFLECHIR CE HANDICAP -, (II) UNE SOUS-PRODUCTIVITE DU DISPOSITIF NATIONAL DE R&D ET D’INNOVATION, OU LE RECRUTEMENT DES ETUDIANTS COMME LA DUALITE ENSEIGNEMENT-RECHERCHE NE SONT PAS OPTIMUM – LA REFORME DES UNIVERSITES DEVRAIT POUVOIR INFLECHIR CE HANDICAP SI ELLE EST APPLIQUEE EFFICACEMENT - , (III) UNE ABSENCE DE SUBSTRAT SOCIOCULTUREL FAVORABLE A L’INNOVATION (TANT SUR LE PLAN DE L’ADOPTION QUE DE LA DIFFUSION DES INNOVATIONS) – LA, HELAS LA REFORME EST LOIN D’ETRE FAITE ET SURTOUT D’ETRE COMPRISE.




S’y ajoute un 4 ième handicap, celui de traiter la R&D, l’innovation, la compétitivité comme si tout cela n’avait pas d’interdépendances ni d'interactions. En traitant cela en autant de variables indépendantes, on ne comprendra pas pourquoi la fracture s’agrandira entre l’industrie et l’université, entre l’industrie française et ses concurrentes, entre la recherche française et d’une part la recherche dans les pays anglo-saxons et d’autre part la recherche dans les pays asiatiques.

Un commentaire se fait jour sur cette fracture. La R&D ne serait pas à la hauteur en raison notamment de l’abandon des activités industrielles (désindustrialisation), largement demandeuses d’innovations, tant sur le plan des produits que sur celui des procédés et des services.




1 Les « hype cycles » du Gartner Group font état de durées sur 10-15 ans

2 Trop tôt, tout est à défricher, la qualité des bases de départ n’est pas optimale, trop tard, le risque est aussi grand d’arriver après les résultats essentiels (et les dépôts de brevet par exemple).

3 UIT : Union Internationale des Télécommunication

4 Dans le classement 2008, la France reste toujours relativement en retrait, à la 25ème place, mais gagne trois places par rapport au classement précédent

5 Dont le nombre d’anciens élèves occupant des postes de dirigeants dans les multinationales.

6 La France occupe le 16ième rang pour le HDI (Human Development Index) établi en 2004 sur la base de coefficients GINI.

L'Eldorado n'est plus ce qu'il était

Le marché des télécommunications, fixes, Internet ou mobiles avait toutes les apparences d’un eldorado, où malgré les déports de segments (télécommunications fixes) vers les autres (Internet et télécommunications mobiles) le marché était globalement en croissance, notamment grâce au marché du remplacement (changement de mobiles tous les 2 ou 3 ans), aux offres triple-play et aux services nouveaux (TV sur PC avec les nouvelles formes d’interaction – de délinéarisation -, TV sur mobile, …).

Le bon temps où Nokia vendait 1 million de téléphones par jour, semble révolu. Electronique International citait dans un article récent l’unanimité des cabinets d’études pour pronostiquer un recul d’environ 15% des ventes de mobiles sur 2009. Dans un marché ou 75% des ventes se font lors du renouvellement, la sensibilité aux conditions économiques (récession) est très importante. Si on ajoute que l’attirance pour le renouvellement est particulièrement freinée par les revirements constatés vis-à-vis des innovations en matière de services (TMP par exemple), les raisons de ne pas renouveler ses équipements sont nombreuses. Pourtant on constate toujours des frémissements à chaque fois qu’un nouveau terminal permettant de nouveaux services particulièrement innovants est mis sur le marché (iPhone, Blackberry Curve - qui s’est vendu aux U.S.A plus que l’iPhone lors du dernier trimestre, preuve s’il en était, de la prime à l’innovation et aux circuits de distributions des opérateurs).

Hélas ce premier pronostic n’est pas le seul. Le cabinet Bain & Company révèle dans une étude qui vient de paraître que les consommateurs français songent à réduire leurs dépenses de communication, notamment pour les communications fixes et pour les communications mobiles.
De besoin irrévocable, essentiel, il n’en est pas moins devenu besoin réaliste et pragmatique. On ne peut pas facilement s’en affranchir, mais on peut réduire. Téléphonie fixe (43%), télévision (49%), téléphonie mobile (141%), Internet (19%) des consommateurs pensent réduire (15 certainement, 35%

probablement) leurs dépenses en mettant en œuvre une ou plusieurs options (d’où le fait que le pourcentage dépasse 100% pour les télécommun
ications mobiles, cible des plus nombreuses initiatives). Réduction, résiliation de la ligne fixe, changement
de forfait, report du changement de téléphone, … sont les mesures les plus fréquemment citées.

Autre repli significatif, celui de la musique où se conjugue à la fois un repli des ventes « physiques » (-18,5%) et pour la première fois un repli des ventes numériques (-1%). Si les téléchargements sur Internet progressent (+13% contre +58% il y a un an),
on assiste à un véritable effondrement des achats à l’acte sur téléphones mobiles (- 46%). Les autres ventes numériques (streaming, abonnements) sont multipliées par 4,7, mais ne représentent encore qu’une très faible partie (environ ¼) qui est loin de compenser à la fois les déclins enregistrés sur les ventes numériques qui elles mêmes ne compensent pas le déclin des ventes physiques.

Les opérateurs ont bien raison d’intensifier leur quête de l’innovation. Faute de services
nouveaux payants, la lente dégradation des revenus par la conjonction de la concurrence (baisse des prix), de la fragmentation des offres (plus d’opérateurs pour des offres toujours plus nombreuses, de nombreux nouveaux entrants), et de la baisse programmée de la consommation. Si on « mesure » le degré de frustration, les télécommunications mobiles arrivent en tête, d’une part du fait des prix encore élevés (on regarde plus ce qui coûte plus) et parce que les services promis ne sont pas au rendez-vous ou alors à des prix prohibitifs et un niveau de qualité très nettement insuffisant d’autre part.

Internet semble être le moins contesté des moyens de communication (les résiliations apparaissent à hauteur de 4% contre 7 à 10% pour les autres moyens). Le rapport « qualité/prix » est semble-t-il apprécié, d’autant plus que les offres triple-play « gomme » fortement l’aspect prix. Par ailleurs l’effet « netbook » et « smartphone » n’y sont pas étrangers.

Il est urgent de redonner un second souffle au marché des télécommunications. L’innovation dans les nouveaux terminaux, les nouveaux services, les nouveaux contenus, les nouveaux usages (réellement nouveaux) et mieux encore dans l’interopérabilité et dans le mariage réussi du terminal et des services devrait permettre de configurer cette nouvelle offre, nouvelle offre qui est la clé de la nouvelle demande. C’est la loi en vigueur pour les marchés en voie de saturation. Les pays développés sont tous des marchés en voie de saturation, les pays émergents le sont également (pour leur niveau économique.

Au-delà il convient de prendre en compte que l’économie d’après-crise sera une économie plus « maigre ». Le retour aux taux de croissance proches de la croissance potentielle sera la tendance générale. La conséquence en sera un changement fondamental de paradigme. Moins de ressources, moins de produits, plus de services. Nous nous dirigerons vers une économie des services et notamment des services nouveaux correspondant aux usages nouveaux, générés notamment par les comportements rendus nécessaires par la récession.
Comme nous l’avons largement anticipé, cette économie des services, relevant des nouveaux usages ne sera pas en continuité avec ceux promis ou déployés avant la récession. Il ne sera plus question de développer des nouvelles technologies et de se poser la question de son utilisation après. La nouvelle économie inversera cette tendance, privilégiant d’abord l’approche des nouveaux services (avec un rôle prépondérant aux services « locaux » dans un premier temps et les services s’industrialisant, ils deviendront eux aussi l’objet d’une mondialisation intensive), puis celle des technologies les rendant possibles.

dimanche 17 mai 2009

Digiworld 2009

L’IDATE a choisit de commenter la confirmation du savoir faire d'Apple qui, après avoir réussi le lancement de l'iPhone en 2007, a su imposer le modèle de l'AppStore comme référence pour tous les acteurs déclarés ou potentiels de l'Internet mobile. Sont évoqués les réseaux sociaux, à travers l'audience extraordinaire acquise par des acteurs comme Facebook ou Twitter. Malgré les
difficultés à monétiser cette audience, ils constituent de plus en plus des plateformes décisives dans l'innovation de service et l'organisation des pratiques nouvelles de communication. Il introduit à cette occasion les notions d'Open Innovation et d'Open Platform, en y voyant une grille de lecture pertinente de cette actualité : aucun leader de l'industrie ne peut ignore
r le potentiel d'innovation et de création de valeur qui réside dans les autres acteurs de l'écosystème numérique (dont les clients eux-mêmes). La stratégie est dès lors de savoir à quelle moment il faut ouvrir sa plateforme et sous quelle forme...



Digiworld 2009 vient d’être présenté à la presse. Dans cette période de grande incertitude, où les segments du marché (Télécommunications, Informatique et Médias) voient se conjuguer les effets de la récession économique, les effets de fin de cycle, les ruptures dans les comportements d’achat et de consommation et les plans de relance, voir clair devient un casse-tête.
L’IDATE y réussit, notamment grâce à sa longue expérience (la première édition de Digiworld remonte à 2001) qui lui permet de trier le bon grain des tendances de l’ivraie du buzz.
Quelles sont les grandes lignes de Digiworld 2009, qui commence comme chaque année par l’analyse de l’année passée (2008).
  • tassement de la croissance mondiale des marchés1à 4,8%, à 2739G€ soit 6,5% du PIB mondial. Cette croissance est désormais inférieure à la progression de l’économie mondiale (différence entre la croissance du marche du Digiworld et la croissance mondiale : 2%).
Ceci signifie que certains segments de marchés sont désormais en décalage par rapport à la croissance mondiale. Ceci signifie aussi que les économies qui tablent
sur un leadership par les technologies nouvelles, ne sont pas en bonne posture puisque le marché primaire dans leur cas est en retrait par rapport à la croissance mondiale et que par ailleurs les tailles de marché sont insuffisantes. Ce qui est vrai pour certains segments l’est aussi pour certains pays.(les marchés en développement ont généré 85% de la croissance en 2008).






  • on retrouve le rapport de 1 à 4,3 entre le poids des équipements de télécommunication (232G€ en 2008) et celui des services (997G€ en 2008), faisant des opérateurs de services de télécommunication les moteurs de la croissance (notamment dans les pays émergents et dans les segments en forte croissance) et donc du changement.


  • on trouve un rapport de 1 à 3,6 entre les services de télécommunication et les services de télévision. Si on ajoute à cela le fait que les services de télécommunication sont plus concentrés que les services de télévision2, que la publicité reste le mode de financement dominant des services de télévision et que les investissements publicitaires sont en régression, on peut y voir l’amorce d’un rééquilibrage entre les deux mondes (au profit des opérateurs de télécommunication qui deviendront « médias », la rareté des contenus et des droits donnant un privilège à ceux qui ont des capacités financières).

  • la question fondamentale est bien la capacité de « monétiser » les services et les contenus, directement (premium) ou indirectement par la monétisation de l’audience (publicité). Dans le monde de l’Internet seul Google à réussi à le faire, même si dans le monde des médias ceci est plus courant (mais avec les fragilités que l’on sait). La récession économique provoquant une baisse significative des revenus publicitaires, la trop forte dépendance de certains vis-à-vis de ce mode de financement va probablement contribuer à des bouleversements dans les modèles économiques (forfaitisation, micro-paiement, abonnement, premium, …). L’autre manière de changer le modèle, économique est de passer en mode « interactif » pour établir la relation d’achat directement avec l’Internaute, le mobinaute, le téléspectateur, l’auditeur, le lecteur.

  • la primauté au service est enfin reconnue, où le succès (relatif) des smartphones est largement du à l’existence d’un catalogue d’applications, de contenus, de jeux au sein d’un écosystème de développeurs (en mode « ouvert » - Androïd, … –, ou fermé – OVI, iPhone, …-)3.
iTunes avait déjà modifié profondément le monde de la musique, le téléchargement d’applets, de widgets, … devient la règle, règle qui s’étend bientôt à d’autres segments (télévision sur PC passant à la télévision sur téléviseur, mais la télévision « choisie », par accès, à la demande, en rattrapage, … par opposition à la télévision de flux).
Cette primauté du service est particulièrement vraie pour Internet et notamment pour l’Internet mobile. Dans le passé les mobiles ont péchés par défaut, les infrastructures étant là, y compris les infrastructures logicielles (WAP) sans pour autant que les services le soient. Aujourd’hui les applications, les services, les contenus sont là grâce à Internet. Cependant, la gratuité (modèle prédominant) pèse très lourd dans les décisions de déploiement de services payants.
  • la primauté du service implique la primauté des plates-formes. Les soucis d’interopérabilité des services (un même service disponible sur plusieurs supports, sur plusieurs médias – ATAWAD4-) impose la disponibilité de plates-formes de développement (SDK) bâties autour de standards (ouverts ou fermés) pour ces milliers de contenus et d’applications (qui de plus auront encore pour quelques temps des vertus « locales », même si l’industrialisation de ces services et contenus permettra à terme là aussi une mondialisation des capacités). L’année 2008 a été très fertile pour l’annonce de plates-formes technologiques, illustrant des modèles très différents (Microsoft, Google, Nokia, Apple, forums industriels tels que Genivi, Limo, MobLin, Open Handset Alliance, …sans parler d’Amazon) mais surtout illustrant la nécessité de ces plates-formes.
  • si des signes indiscutables de récession économique et de fin de cycle (notamment pour les télécommunications mobiles) se font sentir, militant pour une continuité amoindrie, des signes tout aussi indiscutables de rupture voient le jour.
-46% pour la musique numérique téléchargée sur mobile, +470% pour les formes de streaming et d’abonnement toujours pour la musique numérique entre le 1er trimestre 2009 et le 1er trimestre 2008, alors que les ventes de musique physique reculent de 18% (mais avec un volume 5,73 fois gros), démontrent ces phénomènes amples et brusques (sur 1 an).

-16% pour les ventes de mobiles relèvent à la fois d’une fin de cycle et de changements en profondeur. S’il ne s’agissait que de fins de cycle nous aurions une lente décroissance, compensée par de nouveaux produits, de nouveaux services. Ce n’est pas le cas, il y a bien rupture.
  • les plans de relance gouvernementaux font plus de place aux investissements d’infrastructure (notamment pour le très haut débit) qu’aux applications et aux contenus5. En France le secteur des « serious games » et du Web 2.0 sont privilégiés mais il s’agit véritablement de niches et les montants impliqués ne feront pas d’effet de levier.L’effet de levier est d’ailleurs fortement contesté. S’il est indéniable que la chaîne de valeur complète forme un formidable effet de levier, il n’est pas certain que l’action sur un élément isolé de la chaîne de la valeur conduise à un effet de levier. La capacité d’innovation n’a d’égale que la capacité à diffuser et à utiliser les nouvelles technologies. Si l’un des deux éléments est absent, la chaîne toute entière est freinée.6

1 télécommunication (équipements et services), informatique (matériel, logiciel et services), services de télévision, électronique grand public (équipements).
2 quelques opérateurs de télécommunication par pays, plusieurs dizaines d’opérateurs de services de télévision par pays.
3 plusieurs dizaines de milliers de « contenus » téléchargés plus d’un milliard de fois pour l’AppStore.
4 ATAWAD, terme popularisé par Médiamétrie et signifiant Any Time Any Where Any Device.
5 à l’exception peut-être des U.S.A où les aides gouvernementales pour la santé passent par un volet TIC important, de même que le volet Education - Recherche
6 c’est même l’une des explications fournies pour le retard pris par notre pays dans le classement mondial de la compétitivité, où si les ressources consacrées à la R&D sont situées en bonne position (5ième), la productivité de la R&D est moins bonne (7ième) et la compétitivité encore moins bonne (23ième). C’est notre capacité à utiliser les nouvelles technologies qui est le frein le plus contraignant. Paradoxalement il y a aujourd’hui plus de PC à domicile que dans les entreprises. Ceci explique peut-être cela.

mercredi 13 mai 2009

Après la crise

Quelle sera l’économie de l’après crise pour les NTICA (Nouvelles Technologies de l’Information, de la Communication et de l’Audiovisuel) ?



Deux constatations essentielles :
  • les tendances observées avant la crise seront accélérées ou freinées,
  • des nouvelles tendances apparaîtront.

Autrement dit nouveauté, accélération ou ralentissement, rien ne sera comparable, rien ne sera extrapolée.
La récession , qui a suivi une crise de l’endettement et une crise d’inflation sur les matières premières, les denrées alimentaires et l’énergie a permis de se rendre compte de la nécessaire réduction des ressources disponibles, que ce soit en matière financière, en énergie, en matières premières. Cette réduction a entraîné des impacts à grande échelle (prix du pétrole brut allant du simple au double par exemple) à montré l’extraordinaire sensibilité des données aux évènements.
Passer de +2 ou 3% de croissance à -6% en quelques mois relevait encore il y a quelques temps de l’impossibilité, tout comme voir une croissance de 10 à 13% dans certains pays et 2% pour d’autres. L’amplitude du signal a de quoi déconcerter et donc a de quoi rendre difficile voire impossible toute prévision.
La seule hypothèse réaliste est que l’économie d’après crise sera « maigre ».
L’impact le plus probable de cette maigreur est que les changements (les ruptures) et notamment ceux résultant des usages seront légions. Une crise (une récession) est génératrice de peurs (tous les jours on nous annonce la fin du monde) et toute peur provoque des changements de comportement et donc d’usages.


Les premiers signes avant coureurs sont déjà perceptibles :
  • recul sans précédent des ventes de musique physique et pour la première fois, recul des ventes de musique numérique, alors que l’on prédisait que la crise allait amplifier le désir de loisir et de distraction.
  • ralentissement des dépenses des ménages pour les communications (téléphonie fixe, télévision, Internet, téléphonie mobile) allant jusqu’à l’intention de réduire ces dépenses par près d’une personne sur deux.
  • recul sans précédent des ventes de terminaux mobiles (-16%), notamment du fait que (i) le marché dépend à 75% du renouvellement que (ii) les renouvellements sont différés et du fait de (iii) la faible attractivité des nouvelles offres en termes de services et/ou de contenu et/ou de prix.
  • recul des investissements publicitaires (sauf peut-être – ou dans une moindre mesure – pour les investissements publicitaires « online »).
  • report de la télévision en ligne sur le téléviseur au détriment de la télévision en ligne sur PC.

Certains plans de relance nationaux font une large place aux investissements liés aux NTICA (notamment infrastructures « très haut débit », …). C’est peut-être jouer à contretemps puisqu’aujourd’hui la demande ne concerne pas l’infrastructure mais bien les services, la qualité des services et le rapport qualité/prix des services et des contenus.


Quelques temps avant la récession, les médias étaient déjà confrontés à une mutation technologique sans pareil, passant aux technologies numériques, passant du flux à l’accès, passant du « passif’ » à l’interactif, passant de la bande passante au contenu, passant de la communication au média, de la réception à l’échange, de l’individuel au social.
Pour financer cette mutation il fallait engager des investissements, certes moindres, puisque les prix de reproduction, de diffusion des technologies numériques sont sans commune mesure avec ceux des technologies traditionnelles – d’où de nombreux nouveaux entrants, fragmentant ainsi l’offre -. Or comment financer en pleine récession ? Toutes les conditions sont réunies pour une recomposition en douleur du paysage.


Toutes les conditions sont réunies pour des ruptures endogènes (recomposition du paysage) et pour des ruptures exogènes (changement de comportement et d’usages).