Qui êtes-vous ?

Ma photo
POLE DE COMPETITIVITE IMAGES ET RESEAUX

mercredi 16 décembre 2009

Qui n'en veut ?

Qui n’en veut ?

Le grand emprunt attise les appétits. Pas une journée sans une manifestation d’intérêt pour une part de la grande soupe réservée aux investissements de croissance et d’avenir. Deux questions fondamentales subsistent. Comment évaluer le potentiel d’avenir et de croissance d’un investissement, notamment s’agissant de R&D et plus spécifiquement de R ? Pourquoi le grand emprunt permet de faire demain ce qui n’a pas été fait hier ?














Pourquoi demain et pas hier :
Les dispositifs nationaux ou européens favorisant le R&D soit dans leur mécanisme financier (Crédit d’Impôt Recherche par exemple), soit dans leur processus (appels à proposition ANR, et/ou FUI pour les pôles de compétitivité par exemple) sont en place et semblent fonctionner (à une rigidité administrative près). L’orientation (la programmation) de la R&D est même en place – ou tout au moins demandée – permettant d’espérer que les fonds publics soient employés de manière pertinente.

Les seules différences perceptibles sont un volume inégalé de financement (mais qui peut dire combien ?) et de nouvelles règles de sélectivité, qui devraient s’ajouter à celles déjà en place au sein des entreprises, des laboratoires académiques, des établissements d’enseignement supérieur. Il conviendrait peut-être d’y ajouter une mise en cohérence des différents projets retenus (ne pas oublier un champ d’investigation porteur, ne pas engager plusieurs actions sur un même champ par exemple).

Si des secteurs entiers d’activité, se réveillent en réclamant leur bolée, ne serait-ce pas un effet d’aubaine ? Peut-être mais il faut déjà y voir une retombée de la mise en cohérence. Si jusqu’à présent chaque projet était au mieux à l’initiative de quelques acteurs d’un écosystème réduit (à une thématique, à un territoire géographique), cette nouvelle impulsion « sectorielle » laissera peut-être la place à une organisation des secteurs et donc une plus grande pertinence et une plus grande cohérence au niveau sectoriel.

Pourquoi les secteurs ne se sont-ils pas « organisés » plus tôt ? Le jeu n’en valait pas la chandelle ? Le grand emprunt donne-t-il de l’imagination et de l’efficacité ?

Rappelons quand même que notre pays n’est pas si mauvais que cela en matières de budget de R&D (dans le peloton de tête mondial et européen) mais que tout se complique lorsqu’il s’agit de débouchés industriels ou commerciaux, phénomène déjà constaté maintes fois en termes de dépôts de brevets ou de publications scientifiques. Autrement dit si la R de R&D ne marche pas trop mal, c’est le D qui pose problème, jusqu’à imaginer un CII – Crédit d’Impôt Innovation –. Et si le fossé n’était pas que financier ? Et si l’industrie n’inventait pas, laissant ce soin à l’Université et L’Université n’innovait pas laissant ce soin à l’industrie ? Et si notre pays n’était pas culturellement capable d’innover, de s’approprier une innovation, de perfuser une innovation ?

Soyons clairs, tous les secteurs qui concourent aujourd’hui au PIB peuvent revendiquer une bolée. Pourquoi eux et pas les autres, pourquoi maintenant et pas hier ? Seule la logique de l’impact économique ou écologique positif peut être retenue et seule la perspective de croissance dans un terme identifié peut être un critère de sélection. Le rassemblement inespéré de toute une branche, fut-elle importante (plusieurs centaines de milliers d’emplois, plusieurs dizaines de milliards d’euros de PIB) ne suffit pas. Il faut à la fois l’impact, la perspective de croissance et la volonté de cohérence. D’autant plus que la logique de branche est loin d’être validée. On pourrait y substituer utilement la logique de filière afin d’éviter l’effet silo et de favoriser les interactions.

Un dispositif de plus

Si on veut renforcer les pôles de compétitivité, le moment n’est pas venu d’ajouter un nouveau dispositif probablement concurrent. Certes le fonctionnement des pôles de compétitivité est perfectible, notamment en matière de programmation et en matière d’exécution territoriale, mais ne convient-il pas d’améliorer, d’amplifier plutôt que de « diviser ». Les 17 pôles mondiaux ont fait des propositions. Les pôles TIC également. Ces propositions recouvrent une grande partie la problématique exposée. Il conviendra de les compléter par la possibilité accordée aux pôles de compétitivité de mettre en œuvre de projets « non collaboratifs », permettant ainsi à un laboratoire ou à une entreprise d’entreprendre un projet innovant en dehors de toute territorialité (notamment avec des firmes ou des établissements étrangers ou hors appel à projets).

Si les pôles de compétitivité disposent des moyens d’évaluer l’impact économique et/ou écologique, d’identifier la croissance potentielle générée et d’évaluer le degré de cohérence (d’alignement) d’un projet par rapport à une orientation donnée, alors autant augmenter l’assiette financière de ces pôles. S’ils ne maitrisent pas ces processus, alors autant arrêter leur démarche et abandonner toute aide à ces pôles.

Quels projets ?

On a les projets que l’on mérite. Cette boutade nous renvoie vers l’un des problèmes les plus importants de notre pays,
son déficit de formation et de qualification, qui ne permet pas de « fabriquer bien » comme l’Allemagne, de « fabriquer beaucoup » comme certains pays émergents (y compris en Europe Centrale et de l’Est), de se spécialiser dans les services à haute valeur ajoutée (comme la Grande Bretagne). Quel que soit notre capacité d’innovation et son efficacité, le résultat n’est pas « récupérable » en totalité pour l’économe nationale du fait de ce déficit.

Les premiers projets à sélectionner sont donc essentiellement centrés sur l’éducation et la formation, afin de
« remettre à niveau » la capacité de notre économie de produire efficacement biens et services. Comme ceci doit être réalisé en masse et durablement (puisque cette adaptation de notre appareil de production en biens et services devra évoluer dans le temps) il faudra envisager de recourir à des technologies de masse de diffusion de l’information et de la connaissance e ce à des coûts abordables. Seules les TIC permettront cette approche, tant dans les matières enseignées, que dans les outils d’enseignement. Les campus numériques, les lycées numériques devront se généraliser, sans parler des enseignements et des enseignants.

Ceci aura un effet multiple : provoquer une démarche d’innovation dans les TIC, qui a son tour provoquera une démarche d’innovation dans l’outillage pédagogique, qui a son tour provoquera les gains de productivité et de croissance attendus. L’effet sera même amplifié et amplificateur bien au-delà, puisqu’il
y a fort à parier que les technologies mises en œuvre relèveront de l’Internet du Futur et donc seront très probablement utilisables dans d’autres thématiques. Les seuls freins perceptibles à cette initiative seront les freins sociaux (des enseignants et des enseignés). On ne peut pas rester dans les schémas du siècle dernier pour préparer la croissance de ce siècle. Toute autre approche laissera au mieux une croissance inférieure de 1 à 2 points à la croissance souhaitée (3 à 5%), puisque les déficits persistants de formation et de qualification ne permettront pas d’atteindre ce niveau.

Faire de l’économie numérique un projet de croissance, n’a de sens que si cette économie numérique passe d’abord par un effort sans précédent de « numérisation » de la formation et de la qualification, pour une diffusion de masse du savoir et de la connaissance, en rapport avec ce qui se pratique chaque jour d’avantage dans l’utilisation domestique, individuelle et collective d’Internet.

Aucun commentaire: