NUL NE PEUT GARANTIR LES RESULTATS D’UN PROGRAMME DE RECHERCHE, NI QUE SES RESULTATS SERONT EXPLOITABLES :
Lorsqu’un programme de recherche est lancé, sur une thématique donnée, que les moyens nécessaires sont mis en œuvre, aucun résultat ne peut être « garanti », ni dans quel délai. Si ce programme de recherche est lancé en « concurrence » avec des programmes similaires, la confrontation des idées, l’échange et la coopération entre les laboratoires, les colloques, les publications vont contribuer au plus à le crédibiliser. L’exécution de ce programme sera alors essentielle mais là encore les aléas sont nombreux. Quant aux résultats eux-mêmes, seront-ils exploitables ? Quand ? Par qui ?
Même si les cycles de développement raccourcissent, ils restent malgré tout longs (> 10-15 ans) (1) et cette durée ne permet pas d’anticiper beaucoup les succès futurs.
PARMI LES BONNES CONDITIONS D’EXECUTION, ON PEUT RETENIR LA
« PROGRAMMATION », C'EST-A-DIRE LA MISE EN PERSPECTIVE D’UN PROGRAMME DE RECHERCHE AVEC LES PROGRAMMES SIMILAIRES (NATIONAUX OU INTERNATIONAUX) OU AVEC DES PROGRAMMES CONNEXES.
Cette programmation (2) permet aussi de fixer les objectifs (les points de passage), d’estimer les moyens nécessaires, de piloter (et donc de répartir) les efforts. La contrepartie de cette programmation est l’évaluation, notamment pour juger de l’opportunité du programme et de la nécessité de le faire évoluer.
SEULE L’IMPORTANCE DES MOYENS MIS EN ŒUVRE PERMET D’AUGMENTER LA PROBABILITE DE REUSSITE, TOUT COMME LA DUREE DES PROGRAMMES, LE NOMBRE D’EQUIPES DE RECHERCHE, LA QUALITE DES BASES DE DEPART ET POUR FINIR LE BON MOMENT.
Augmenter la probabilité n’est pas acquérir la certitude. Si la nécessité d’investir est une certitude, il n’est pas suffisant d’investir pour réussir.
EN TERMES D’EFFORT DE RECHERCHE LA FRANCE SE PLACE EN 5 IEME POSITION MONDIALE, AINSI QU’EN TEMOIGNE LES CHIFFRES SUIVANTS :

Ces chiffres recouvrent une position de la France au dessus de la moyenne de l’Union européenne (UE 25) avec 2,12% du PIB (respectivement 1,77% du PIB pour l’UE25), même si elle loin derrière la Suède (3,8% du PIB) ou de la Finlande (3,48% du PIB). La Chine voit par ailleurs la croissance la plus importante dans ce domaine avec 16 à 22% de croissance annuelle entre 2001 et 2005.
CET EFFORT N’EST PAS PERÇU SELON LES DIFFERENTS « INDICES » OU «CLASSEMENTS » EN VIGUEUR SUR LE PLAN INTERNATIONAL.
Les différents indices ou classements disponibles sont les suivants :
- IDI (ICT Development Index) de l’UIT3 ;
- classement IMD (Lausanne) (4) ;
- Global Competitiveness Index (WEF – World Economic Forum);
- ARWU de l’Université de Shanghai;
- WKCI (World Knowledge Competitiveness Index) de l’Université de Cardiff;
- OST (les indicateurs des Sciences & Technologies) ;
- MIM (Master in Management) par le FT (Financial Times).
Il existe en effet un décalage important entre la position de la France en termes d’effort de recherche et son rang dans les différents classements publiés. Ces décalages sont (presque) tous convergents, pour constater ce décalage et même pour établir une hiérarchie (presque) homogène.
Il est évident de constater que ces classements dépendent des critères appliqués et notamment du champ de comparaison. Ainsi les classements obtenus en se basant sur les publications et leur impact, ou sur le dépôt de brevet font tous apparaître ce déficit, différent d’un domaine scientifique ou technologique à l’autre mais persistant. D’autres classements plus complexes visant à établir des indices « composites » destinés à illustrer la compétitivité, la propension à utiliser les nouvelles technologies, … vont également dans le même sens.
L’EFFORT DE RECHERCHE COMPARE A SES RESULTATS EN TERMES DE PUBLICATIONS OU EN TERMES DE BREVET FAIT NON SEULEMENT APPARAITRE UNE DISSYMETRIE MAIS FAIT DE PLUS APPARAITRE UNE LENTE DEGRADATION DANS LE TEMPS

Ainsi la France représente 17,6% de l’effort de recherche de l’UE27 alors qu’elle ne représente que 13,1% des publications et 14,7% des brevets.
A titre de comparaison l’Allemagne qui elle représente 27,2% de l’effort de recherche, dépose 41,5% des brevets et le Royaume Uni qui représente 15,2% de l’effort de R&D produit 18,3% des publications.
Toujours en comparaison avec l’UE27, la France représente 11,8% des inscriptions dans l’enseignement supérieur (en retrait de 7% sur la période 2000-2005), 9,6% de diplômes de doctorat (en régression de 24% sur la période 2000-2005). Dans le même tem
ps le France représente 15,6% des chercheurs (ETP) en progression de 2% sur la même période.
Sur la période 2001-2006 les publications scientifique ont décru de 11% et les dépôts de brevet de 10%.
Ainsi lorsque les moyens augmentent, les résultats régressent.
(Source : OST)
Certains font remarquer que le dépôt de brevets n’est pas un indicateur pertinent de l’innovation, puisqu’il y a loin du dépôt à son utilisation par l’industrie.
On peut cependant y voir un indicateur de la capacité (potentielle) d’innovation, de spécialisation, aussi bien dans les produits que dans les procédés (que l’on reconnaît à l’Allemagne et que malheureusement on ne reconnait à la France).
L’insuffisance de financement de la recherche par les entreprises, souvent invoquée (et qui a justifié la réforme du CIR – Crédit Impôt Recherche), est probablement à retenir, mais elle est loin de tout expliquer, comme le montre le graphique suivant où le « taux » de chercheurs pour 1000 emplois des branches marchandes peut expliquer la très bonne position de la Suède et de la Finlande, mais n’explique pas la position de la France devant l’Allemagne et le Royaume Uni, alors qu’en termes de publications scientifiques ou de dépôt de brevets, elle se situe derrière ces deux pays.
Le classement ARWU de l’Université de Shanghai met également en évidence cette caractéristique du dispositif français de recherche et d’innovation.
Le classement 2008 fait apparaître la France au 7 ième rang mondial (elle perd une place par rapport à 2007). 4 ième en Europe avec 23 établissements classés dans les 500 premiers, elle est maintenant devancée par le Royaume Uni, l’Allemagne et la Suède. Par ailleurs le nouveau classement thématique établi fait apparaître une très grande diversité avec dans les 100 premiers établissements pour chaque domaine, 1 dans celui des sciences de la vie et agronomiques (11 Royaume Uni, 6 en Allemagne, 4 en Suisse, 3 en Belgique, …), 5 dans celui des sciences naturelles et mathématiques, 1 en médecine et pharmacie, aucun en sciences sociales et 2 en Informatique et sciences de l’Ingénieur.
Encore un classement qui n’est pas pertinent ? Cassons le thermomètre, la fièvre va tomber ! Deux explications (en dehors de l’inadéquation du classement) ont été avancées : (i) le drainage des meilleurs étudiants vers les classes préparatoires prive les universités des meilleurs éléments, (ii) la vocation pédagogique n’est pas (ou peu) prise en compte.
LES CLASSEMENTS SIMILAIRES OBTENUS POUR LES ECOLES DE MANAGEMENT NE FONT PAS APPARAIT RE CETTE DISSYMETRIE, NI CETTE LENTE DEGRADATION. IL EST VRAI QUE LES CRITERES SONT DIFFERENTS ET NE PRENNENT PAS EN COMPTE LES PUBLICATI ONS ET LEUR IMPACT NI LES BREVETS, REJOIGNANT EN CELA LE CLASSEMENT DE L’ECOLE DES MINES DE PARIS QUI PREND EN COMPTE D’AUTRES CRITERES DE PERFORMANCE (5).
Des classements similaires établis pour les Écoles de Management ne font pas apparaître ce décalage, la France étant plutôt bien classée. Or les Écoles e Management ont aussi un recrutement très sélectif (similaire à celui des Grandes Écoles). La dissymétrie a donc probablement une autre origine.
Le classement MIM établi par le Financial Times place effectivement 6 écoles de commerce françaises parmi les 10 premières.
DES LORS QUE L’ON S’INTERESSE NON PLUS A LA QUALITE DE LA RECHERCHE OU DE L’ENSEIGNEMENT, MAIS A LA COMPETITIVITE, LA POSITION DE LA FRANCE PLONGE DANS LES CLASSEMENTS. LA PLACE DE NOTRE PAYS EST AUX ENVIRONS DE LA
20 IEME POSITION MONDIALE.
Rejoignant en cela d’autres critères retenus pour les politiques régionales de l’innovation, la compétitivité « locale » dépend fortement de la capacité d’absorption, de diffusion et d’appropriation des innovations. S’ajoutent alors aux caractéristiques intrinsèques des dispositifs de recherche et d’innovation les caractéristiques socioculturelles des pays. L’indicateur composite qui en résulte (mêlant les indicateurs de l’innovation et les indicateurs sociaux et économiques) reflète alors la compétitivité d’un pays.

La France figure ne figure qu'en 23 ième position de ce classement (ITU(3) pour les TIC) ce qui peut suggérer deux hypothèses :
- Un retard plus important dans le domaine des TIC que dans les autres domaines sur le plan scientifique et technologique,
- Une série de facteurs défavorables liés au développement et à l’usage des TIC dans notre pays (à l’image du taux de pénétration des mobiles – 85% - alors que la moyenne européenne est supérieure à 100%).
Ainsi notre pays cumulerait alors deux facteurs "régressifs": une moins bonne « productivité » de dispositif national de R&D et une moins bonne capacité d’absorption et d’appropriation des innovations (notamment dans le domaine des TIC).
UN NOUVEAU « BAROMETRE » DES CAPACITES D’INNOVATION DES PAYS A ETE PROPOSE DANS LE COURANT DE L’ANNEE 2008 AFIN DE RENDRE COMPTE DES COMPARAISONS FAITES ENTRE LES DIFFERENTS PAYS EN MATIERE DE CAPACITES D’INNOVATION ET EN MATIERE DE RAPIDITE DE DIFFUSION DES INNOVATIONS.

(Source : INTEL)
Dans cette carte l’indice 0 est retenu pour la plus foncée des couleurs grises, les pays les plus « décélérés » étant représentés avec les plus claires des couleurs grises, les pays les plus « accélérés » étant représentés avec les plus rouges des couleurs.
Ce planisphère suggère à l’évidence que le deuxième facteur (capacité d’innovation) joue un rôle important.
Le classement de l’IMD (Lausanne) situe notre pays en 25 ième position de son indice (World Competitiveness Index).
Autre classement, celui de l’Université de Cardiff qui établi la première région de France (Ile de France) en 29 ième position dans son classement WCKI (World Competitiveness & Knowledge Index).
Le World Economic Forum, via son indicateur GCI (Global Competitiveness Index) situe la France en 16 ième position (6).
LA FRANCE SOUFFRE DONC DE 3 MAUX : (I) UN INVESTISSEMENT TRES INSUFFISANT EN R&D, NOTAMMENT POUR CE QUI CONCERNE L’INVESTISSEMENT DES ENTREPRISES – LE PLEIN EFFET DU CIR DEVRAIT POUVOIR INFLECHIR CE HANDICAP -, (II) UNE SOUS-PRODUCTIVITE DU DISPOSITIF NATIONAL DE R&D ET D’INNOVATION, OU LE RECRUTEMENT DES ETUDIANTS COMME LA DUALITE ENSEIGNEMENT-RECHERCHE NE SONT PAS OPTIMUM – LA REFORME DES UNIVERSITES DEVRAIT POUVOIR INFLECHIR CE HANDICAP SI ELLE EST APPLIQUEE EFFICACEMENT - , (III) UNE ABSENCE DE SUBSTRAT SOCIOCULTUREL FAVORABLE A L’INNOVATION (TANT SUR LE PLAN DE L’ADOPTION QUE DE LA DIFFUSION DES INNOVATIONS) – LA, HELAS LA REFORME EST LOIN D’ETRE FAITE ET SURTOUT D’ETRE COMPRISE.
S’y ajoute un 4 ième handicap, celui de traiter la R&D, l’innovation, la compétitivité comme si tout cela n’avait pas d’interdépendances ni d'interactions. En traitant cela en autant de variables indépendantes, on ne comprendra pas pourquoi la fracture s’agrandira entre l’industrie et l’université, entre l’industrie française et ses concurrentes, entre la recherche française et d’une part la recherche dans les pays anglo-saxons et d’autre part la recherche dans les pays asiatiques.
Un commentaire se fait jour sur cette fracture. La R&D ne serait pas à la hauteur en raison notamment de l’abandon des activités industrielles (désindustrialisation), largement demandeuses d’innovations, tant sur le plan des produits que sur celui des procédés et des services.
1 Les « hype cycles » du Gartner Group font état de durées sur 10-15 ans
2 Trop tôt, tout est à défricher, la qualité des bases de départ n’est pas optimale, trop tard, le risque est aussi grand d’arriver après les résultats essentiels (et les dépôts de brevet par exemple).
3 UIT : Union Internationale des Télécommunication
4 Dans le classement 2008, la France reste toujours relativement en retrait, à la 25ème place, mais gagne trois places par rapport au classement précédent
5 Dont le nombre d’anciens élèves occupant des postes de dirigeants dans les multinationales.
6 La France occupe le 16ième rang pour le HDI (Human Development Index) établi en 2004 sur la base de coefficients GINI.


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