On peut y voir l’amorce d’un cercle vertueux entre culture, création et innovation. Ce cercle vertueux a été mis en évidence dans un rapport récent (Innovation et compétitivité des régions, Thierry Madiès & Jean Claude Prager – Conseil d’Analyse économiquE), où la corrélation entre croissance, compétitivité des territoires et capacité d’innovation, donc richesse culturelle (en général, éducation, …) est démontrée.
Autre traduction de ce cercle vertueux, le triptyque offre, demande et éducation (formation). Dans un territoire où la demande culturelle est forte (demande identitaire notamment), où l’offre culturelle est abondante et où la formation est disponible, les conditions de la compétitivité sont réunies. Certes les secteurs où s’exercera cette compétitivité restent fondamentaux mais les préalables sont en place (héritage culturel de la capacité de création et d’innovation).
On peut y voir un rôle particulier d’Internet. D’une part c’est le lieu de rencontre, d’échange, de relation, d’interaction par excellence, d’autre part c’est aussi le lieu où la (les) populations d’utilisateurs sont les plus jeunes (mais ceci n’est pas une constante et va évoluer vers les populations plus âgées) et enfin c’est le lieu où les biens culturels « numériques » s’échangent.
Il y a donc une conjonction favorable de facteurs qui va mettre en évidence cette dualité entre culture et création.
Selon les chiffres fournis par le SNEP, la téléphonie mobile représente 46% des revenus de la musique en ligne, le téléchargement Internet 32% et le streaming et les abonnements 22%. Ces mêmes revenus ont cru de 46% d’une année sur l’autre. Le cinéma en ligne a lui cru de 84%.
Pendant ce même temps les ventes physiques de musique voyaient une décroissance de plus de 16% et les ventes de DVD de plus de 7%.
Il s’agit bien d’une crise de l’industrie de la musique ou du cinéma et non pas d’une crise des industries créatives. La demande culturelle reste forte là où les modèles économiques sont défaillants.
Autre preuve de cet appétit sans défaillance pour la culture : 10 millions de visiteurs par an pour le site du Louvre (dont 3,9 millions pour les pages pratiques et 3,8 millions pour les notices sur les œuvres).
L’offre d’œuvres culturelles récentes n’a pas suivi la demande. L’une des traductions possibles de cette pénurie est une croissance démesurée des droits. L’autre traduction est un recours massif aux œuvres culturelles plus anciennes. Au-delà de l’effet de curiosité, les sites de l’INA et de la BNF en sont les témoins, où , dès leur lancement, ils ont été saturés.
Les industries créatives représentent un potentiel économique important en Europe en général et en France en particulier. Ce potentiel est amplifié par les ventes en ligne.

Peut-on faire un parallèle entre les industries créatives, le développement et la pénétration des médias numériques (infotainment) d’une part et entre les industries culturelles et la créativité (ou l’intensité d’innovation) d’autre part ?
Il semble que oui. Les biens culturels (l’empreinte culturelle) seraient en quelque sorte les catalyseurs de la créativité et par là même l’un des facteurs de l’innovation.
En réalité tout ceci a été permis par la formidable explosion de l’image numérique, qui a suivi de très près celle du son (musique) numérique ou le coût marginal de partage est quasi nul. Or ces « médias » sont les plus fertiles en émotions.
Il est particulièrement satisfaisant de constater que la disponibilité d’une édition numérique fait vendre plus d’édition réelle (par exemple : téléchargement musical et concert, par exemple site web du journal et édition papier, …).
L’une des explications possibles est celle habituellement évoquée pour les médias qui avant tout des « créateurs » de liens sociaux. A travers ces liens sociaux « amplifiés » par la disponibilité accrue (en temps, en volume, dans l’espace, … quel que soit le terminal) les interactions sont elles aussi amplifiées à la fois en qualité et en nombre. Ces interactions sont à leur tour génératrice de création et d’innovation.
L’un des inventeurs d’Internet déclare qu’avec 20% de la population mondiale « connectée » (1,2 milliard d’Internautes), il y a toujours une expérimentation, une nouvelle expérience, une interaction en cours quelque part, à chaque instant. Certes tous les internautes ne sont pas des « Leonard de Vinci », mais la probabilité d’accomplir une œuvre de création, ou tout au moins un début de commencement, « un pas vers » est beaucoup plus importante aujourd’hui que pour Leonard de Vinci de rencontrer un aller ego pour faire jaillir de cette interférence des connaissances une idée innovante.
Cette intelligence collective créatrice, compensera-t-elle l’immobilisme individuel ? La réponse est aujourd’hui connue, elle est positive, à condition toutefois de partir d’un acquis culturel suffisant, à la fois pour que le point de départ soit le meilleur possible et pour qu’il soit le plus partagé possible.
C’est en cela que culture, création et innovation son indissociables et interdépendants.


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